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DES PORTES DE LA FOSSE (Girard) Manon

La tradition manuscrite grecque des quatre-vingt-huit Homélies sur Jean de Jean Chrysostome. Témoins, titres des ethica et recensions

Publié le 20 mars 2026 Mis à jour le 20 mars 2026

Thèse en Lettres, Langues, Linguistique et Arts, soutenue le 22/01/2026.

L’?uvre conservée de Jean Chrysostome (349-407), la plus considérable parmi celles des auteurs grecs anciens, est loin d’avoir été entièrement rééditée après sa dernière publication en date, celle de la Patrologie grecque de Migne, insuffisante du point de vue de l’ecdotique. L’édition à nouveaux frais de ses grandes séries exégétiques sur le Nouveau Testament est nécessaire. Or, la tradition manuscrite de sa série de quatre-vingt-huit homélies sur l’évangile de Jean est encore trop méconnue pour que l’on puisse envisager leur réédition conformément aux exigences critiques actuelles. Cette thèse a pour objectif de contribuer à rendre possible cette réédition. Un premier moment fait le point sur les témoins grecs connus : l’examen de plus de deux-cent-dix manuscrits permet de compléter les données des catalogues fiables et d’aboutir au chiffre de trois-cent-douze témoins grecs de l’In Iohannem, dont près de 60 % sont de tradition directe, contenant la moitié de la série ou la série complète ; les autres témoins contiennent, par élection ou par accident, des morceaux plus brefs de la série, allant de quelques homélies à quelques lignes seulement. Le contenu textuel de chaque témoin est décrit autant que possible et l’ensemble du corpus est classé selon son contenu et son siècle (du IXe au XXe). Ensuite, la thèse sonde la tradition directe la plus ancienne en deux temps. Le premier s’intéresse à un paratexte en particulier : les titres donnés aux parties exhortatoires qui concluent chaque homélie, titres dont on trouve un témoignage dès la tradition syriaque des VIe-VIIe siècles. Après une étude diachronique de leur présence dans les manuscrits et dans les éditions modernes, leur collation sur cent-quatre manuscrits et leur édition permet de constater qu’ils sont transmis avec une étonnante régularité ; les exceptions concernent quelques manuscrits, parmi les plus anciens, qui présentent par ailleurs une recension du texte divergente par rapport au reste de la tradition directe. La seconde étape du sondage porte sur soixante-dix manuscrits, sur lesquels un passage de cinquante mots grecs en moyenne a été collationné dans chaque homélie : les phrases de transition entre la partie exégétique et la partie parénétique (exhortatoire, éthique) des homélies. Malgré leur brièveté, ces passages donnent un aper?u de la tradition textuelle du début à la fin de la série et permettent de vérifier deux hypothèses : 1) celle selon laquelle les variations du paratexte concordent avec les variations du corps du texte, car les regroupements de manuscrits en familles se recoupent d’après l’analyse des relevés des deux collations effectuées ; 2) l’hypothèse, émise par M.-E. Boismard dans les années 1990, d’une triple recension de la première moitié de l’In Iohannem. Cette thèse met également en relief la complexité de la tradition manuscrite, dont les recensions semblent s’entremêler et qui se comporte différemment pour la première et pour la seconde moitié de la série, peut-être à cause d’une transmission très ancienne de l’?uvre en deux codices plut?t qu’un seul. Plus approfondie que toutes les précédentes études sur la tradition manuscrite grecque des Homélies sur Jean, cette étude nécessite néanmoins d’être poursuivie pour permettre, au-delà de l’eliminatio codicum par laquelle elle s’achève, une sélection positive de témoins reconnus comme comportant la recension la plus authentique possible de la série d’homélies.

Mots-clés : Jean Chrysostome ; Homélies sur l'évangile de Jean ; Tradition manuscrite ; Grec ; Paratexte ; Ethica

The preserved works of John Chrysostom (349–407), the most significant among those of the ancient Greek authors, are far from having been entirely re-edited since their last publication to date, that of Migne's Greek Patrology, which is insufficient from an ecdotic point of view. A revised edition of his major exegetical series on the New Testament is necessary. However, the manuscript tradition of his series of eighty-eight homilies on the Gospel of John is still too little known to allow their revised critical edition in accordance with current critical standards. This thesis aims at contributing to making this revised edition possible. The first part takes into account the known Greek witnesses: examining more than two hundred and ten manuscripts has made it possible to complete the data in reliable catalogues and reach a total of three hundred and twelve Greek witnesses to In Iohannem, nearly 60% of which are from the direct tradition, containing half of the series or the complete series; the other witnesses contain, either by choice or by accident, shorter excerpts of the series, ranging from a few homilies to just a few lines. The textual content of each witness is described as far as possible and the entire corpus is classified according to its content and century (from the 9th to the 20th). Next, the thesis explores the oldest direct tradition in two stages. The first focuses on a particular paratext: the titles given to the exhortatory sections that conclude each homily, titles that are attested to as early as the 6th/7th-century Syriac tradition. After a diachronic study of their presence in manuscripts and modern editions, their collation in a hundred and four manuscripts and their edition reveal that they are transmitted with surprising regularity; the exceptions concern a few manuscripts, among the oldest, which also present a recension of the text that diverges from the rest of the direct tradition. The second stage of the exploration focuses on seventy manuscripts, from which a passage of an average of fifty Greek words has been collated in each homily: the transitional sentences between the exegetical and parenetic (exhortatory, ethical) parts of the homilies. Despite their brevity, these passages provide an overview of the text from the beginning to the end of the series and allow two hypotheses to be verified: 1) that variations in the paratext correspond to variations in the body of the text, as the groupings of manuscripts into families overlap according to the analysis of the two collations carried out; 2) the hypothesis, put forward by M.-E. Boismard in the 1990s, of a triple recension of the first half of In Iohannem. This thesis also highlights the complexity of the manuscript tradition, for its recensions seem to intermingle and it behaves differently for the first and second halves of the series, perhaps because of a very ancient transmission of the work in two codices rather than one. More thorough than all previous studies on the Greek manuscript tradition of the Homilies on John, this study nevertheless needs to be continued in order to allow, beyond the eliminatio codicum with which it ends, a positive selection of witnesses recognised as containing the most authentic recension possible of that series of homilies.

Keywords: John Chrysostom ; Homilies on the Gospel of John ; Manuscript tradition ; Greek ; Paratext ; Ethica


Membres du jury

Mme Catherine BROC-SCHMEZER, Professeure des universités, Université Jean Moulin Lyon 3, Directrice de thèse
Mme Brigitte MONDRAIN, Directrice d'études, Ecole Pratique des Hautes Etudes, Rapporteuse
M. Peter VAN DEUN, Professeur Ordinaire d'études byzantines, Katholieke Universiteit Leuven, Rapporteur
M. Christophe CUSSET, Professeur des universités, Ecole Normale Supérieure de Lyon, Examinateur
M. Martin WALLRAFF, Lehrstuhlinhaber, Ludwig-Maximilians-Universit?t München, Examinateur
Mme Francesca Prometea BARONE, Directrice de recherche, Centre National de la Recherche scientifique-Collège de France, Examinatrice

Présidence du jury : M. Christophe CUSSET